Aujourd’hui, une maison individuelle sur deux dotée de panneaux solaires est équipée d’une batterie électrique. En Suisse, un marché s’est créé autour de batteries automobiles reconditionnées.
Le succès du photovoltaïque nous ferait presque oublier la montée en puissance d’une autre technologie. Le stockage local du courant vert n’a jamais été aussi populaire. Swissolar, l’association suisse des professionnels de l’énergie solaire, enregistre une demande croissante en batteries de stockage. Presque 50 % des maisons individuelles dotées d’une installation photovoltaïque aspirent à stocker l’énergie sur place. La quantité d’électricité pouvant être stockée dans la totalité des batteries de Suisse suffirait à alimenter une grande ville.
C’est le besoin de consommation propre qui, selon les spécialistes, explique l’envol des ventes. Et la batterie de stockage y pourvoit en permettant à l’utilisateur de consommer le soir ou la nuit l’énergie produite durant la journée.
Photo : SuisseEnergie
La ruée vers les batteries profite avant tout aux grands producteurs d’Asie et d’Allemagne. Mais certaines start-up suisses font jeu égal. Elles fabriquent même un produit particulièrement écologique, puisque d’anciennes batteries de voiture électrique sont utilisées pour stocker l’électricité photovoltaïque. « Ce type de batterie reconditionnée peut vivre dix ans de plus sans problème », confirme Lukas Oppler, de la société bâloise upVolt.
La mise en œuvre est particulièrement aisée et les batteries mobiles peuvent retrouver une seconde vie comme batteries PV stationnaires, même si leur puissance est limitée. Pour que les voitures électriques aient une autonomie adéquate, la capacité de charge doit être maximale. Mais cette batterie, même moins performante, pourra être utilisée pour stocker l’énergie à domicile. Pour Lukas Oppler, la place, le poids et le temps de charge sont moins significatifs pour une batterie solaire. « Une capacité résiduelle de 80 % suffit pour donner une seconde vie à une batterie. »
Photo : upVolt
Les batteries de seconde main sont disponibles en plusieurs dimensions. Elles peuvent être recyclées de manière modulaire et réemployées pour diverses applications. En plus de l’usage domestique comme batteries PV, elles peuvent retrouver une seconde vie comme grandes batteries de quartier. Les fournisseurs d’énergie locaux, par exemple, figurent parmi les clients. Et l’industrie se tourne de plus en plus vers la fabrication sur mesure de ces batteries d’occasion.
Sur le plan de la qualité et du prix, elles tiennent la comparaison avec les produits neufs. Les batteries reconditionnées sont entre un cinquième et un tiers moins chères que les exemplaires sortis d’usine. « La plupart des batteries de voiture électrique que nous recevons ont plus de 90 % de leur capacité d’origine », explique Lukas Oppler.
Presque 300 000 voitures électriques circulent actuellement en Suisse. Chacune d’entre elles a besoin d’une batterie lithium-ion performante. Le secteur automobile s’attend à ce qu’une grande partie de ces batteries ne réponde plus aux exigences d’ici 10 à 15 ans. Les automobilistes soucieux de l’environnement se demandent déjà ce qui va tenir plus longtemps : la voiture ou la batterie ?
Lukas Oppler n’a pas de réponse définitive. Mais son expérience des batteries pour voitures et vélos électriques le montre : les véhicules rendent souvent l’âme en premier. « Même après dix ans d’utilisation, les batteries sont presque aussi fonctionnelles qu’au premier jour. » En pratique, celles qui ne dépassent pas les 20 ans sont rares. Il faut d’ailleurs savoir que des taxes anticipées sont payées pour couvrir le recyclage des batteries automobiles. Et le réseau de concessionnaires organise leur élimination écologique.
Mais il est plus simple de préparer les batteries pour les réutiliser comme batteries PV. La réutilisation directe en seconde vie est peu contraignante, puisqu’il s’agit tout au plus de remplacer le système de commande. Le reconditionnement, lui, demande quelques étapes supplémentaires. Il faut démonter la batterie, éliminer les composantes en fin de vie, reconnecter les cellules encore fonctionnelles et réassembler le tout.
Hormis les anciennes batteries des voitures électriques, celles des véhicules électriques spéciaux peuvent aussi être réutilisées. Dans les faits, la Poste Suisse, les entreprises de transport régionales ou les constructeurs de bus et de camions fournissent de nombreuses batteries usagées. Des fins de série sont parfois mises à disposition par l’industrie pour la fabrication de batteries de stockage stationnaires. Il s’agit de modules de qualité insuffisante pour une voiture électrique, mais qui répondent parfaitement aux exigences d’une batterie solaire.
Photo : Haute école spécialisée bernoise
La réutilisation est bonne pour l’environnement. L’empreinte carbone d’une batterie de seconde main représente le tiers de celle d’une batterie neuve. Prolonger sa durée de vie préserve l’environnement dans la mesure où il faut extraire moins de lithium, de nickel, de cobalt et de manganèse. Sans compter l’énergie qui doit être dépensée pour fabriquer des cellules neuves.
Pourtant, il y a aussi des obstacles à la réutilisation des batteries de voiture électrique. En effet, celles-ci sont désormais intégrées de manière tellement compacte que leur extraction demande beaucoup de moyens. Le marketing peut, lui aussi, être amélioré. Selon une étude de l’université Saint-Gall, les batteries « usagées » sont perçues avec scepticisme par le public et les clients potentiels préféreraient une batterie neuve à un produit d’occasion pour leur installation PV, comme le rapportent les chercheurs suisses orientaux.
Il y a quatre ans, la science et l’industrie ont lancé un projet de recherche national visant à simplifier la réutilisation des batteries lithium-ion. Les modèles économiques de réemploi dans le secteur du bâtiment ont également fait l’objet d’une étude.
Le principe de circularité devrait connaître un nouveau souffle au printemps 2027. En effet, les batteries neuves des voitures électriques devront alors être mises en circulation avec un passeport numérique. Ce document indiquera la composition et les données issues de l’entreprise précédente. Il sera d’une grande utilité pour les entreprises en Suisse qui s’occupent de reconditionnement. « Nous connaîtrons tout de suite le moyen le plus simple de prolonger la vie d’une batterie », conclut Lukas Oppler.